« Le bonheur au travail nous protège-t-il de la survenue de problèmes coronariens ? » interrogeait, il y a quelques années, le docteur Jean-Pierre Houppe. Une question qui pointait trois mots-clefs du bien-être en entreprise : santé, bonheur et travail.

Pour ce spécialiste en psycho-cardiologie – auteur de Prendre soin de son cœur (Dunod, 2015) -, observer les interactions entre travail et santé allait de soi. Nombreuses sont les enquêtes qui ont pris le relais depuis, appuyées par l’augmentation de publications, de programmes qui, tous, sondent le « bien-être en entreprise« . Il n’est qu’à constater l’augmentation de postes de Chief Happiness Officer (CHO) ou scruter toutes les nouvelles tendances qui participent à ce renouveau du « bonheur au travail ».

QVT et CHO en multiplication

  • Egalité des salaires,
  • formation adaptée à chacun,
  • choix d’une mutuelle sociale,
  • respect des évolutions professionnelles,
  • sens donné à son métier,
  • possibilité de télétravail,
  • bureaux cocon,
  • engagements de l’employeur sur la Qualité de Vie au Travail,
  • embauche de CHO

…  les éléments qui composent la palette du « bonheur au travail » sont nombreux.

Zenipunchy en expérimente régulièrement, qu’il s’agisse d’afterworks ou de petits déjeuners inspirants.

Les newsletters de conseils en la matière fleurissent, dans lesquelles les petites structures peuvent piocher de bonnes idées. Les RH, DRH ont elles et eux aussi développé leurs outils, s’appuyant tant sur les magazines de leur profession (le Journal des RH, Change the work, Le Mag des RH,etc.) que sur des sites plus généralistes (comme l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail, l’ANACT).

Faire du sport au travail ?

Il ne s’agit pas tant des cours proposés entre midi et deux en remplacement de la pause déjeuner (yoga, gym, natation, tai-chi – autant de pratiques dont les bienfaits ne sont plus à démontrer) que de s’inspirer de l’esprit des start-up et des espaces de co-working.

Travailler assis sur un ballon façon cours de pilates (soft ball, swiss ball), debout derrière un plan de travail (plutôt qu’assis), prendre le temps d’une partie de baby-foot ou de fléchettes pour laisser une idée mûrir, ou se défaire de stress après une réunion managériale, par exemple.

Dernière initiative pointée par France-Inter, pédaler devant son ordinateur. Une entreprise de Montreuil (Tek Active) en commercialise depuis plusieurs mois et, pour l’usager qui témoigne dans ce sujet, les bénéfices sont réels : moins de stress ET une bonne dépense de calories ! Sans que le bruit occasionné ne perturbe l’entourage semble-t-il.

Et pour les réfractaires ?

Vous trouverez toujours des personnes préférant fredonner « le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la conserver » ou partager l’article de l’Humanité  sur « l’happycratie ou le cauchemar du bonheur au travail ». Râler contre les injonctions à être joyeux grâce à des « exercices d’infantilisation » dans lesquels ils ne se reconnaissent pas.

Mais pointer ces nouvelles pratiques incitatives est une manière d’attirer l’attention sur les problèmes réels. Comme celui de la souffrance au travail et des risques psychosociaux, comme l’a écrit récemment la sociologue Danièle Linhart dans le quotidien Le Monde.

Etre heureux, c’est bon pour le cœur

Le Dr Jean-Pierre Houppe, qui poursuit sa réflexion avec « Le cœur du bonheur, j’ai décidé d’être heureux pour éviter l’infarctus ! » (à paraître prochainement chez Dunod) le soulignait déjà il y a quatre ans : « Marcher 20 minutes en continu est bénéfique (…), être dans l’être et pas dans le faire et (…) il faut que l’entreprise soit partie prenante, qu’elle s’occupe du stress et de la souffrance au travail, et in fine du bonheur au travail. »

Une ordonnance qui a du sens.